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L'autorité en question

par Sylvie Vermeulen


Résumé : Toujours terrorisés à l’idée de mettre en cause l’autorité de leurs pères, les hommes reprochent aux femmes les conséquences de leurs propres actes et font d’elles leurs boucs émissaires quotidiens.


L’autorité est le pouvoir d’imposer l’obéissance. Tout homme a été soumis à celle de son père ou à celle d’autres figures paternelles et trouve normal d’exercer cette autorité sur ses propres enfants. La plupart du temps, l’homme ne réfléchit donc pas, il obéit. Cependant, le fait d’obéir engendre une recherche de compréhension, constante et salutaire, de cette inadéquation relationnelle. La capacité de l’homme à se réaliser en tant qu’être conscient devient alors le support de sa terreur. Il utilise sa force virile pour exercer une domination sur son fils et reste ainsi soumis aux volontés de son père. La cause réelle de ce rapport inhumain est la terreur conséquente au retournement du père contre le processus de réalisation du fils. L’injonction dominante et tacite est que l’enfant ne doit pas se réaliser au-delà de ce que l’adulte veut bien confirmer de sa nature consciente. Sur le plan social, chaque homme tente de dominer les rejouements masculins et accepte de se soumettre au principe hiérarchique qui entérine ce dramatique mode relationnel.


Une immense détresse

Le concept d’autorité, aujourd’hui posé par les psychologues comme indispensable, fonctionne alors comme un interdit ayant pour effet de bloquer le processus de réalisation de la conscience. Dans le Dictionnaire de psychologie (Larousse, 2003), nous trouvons ainsi : « L’autorité est aussi nécessaire aux enfants que l’affection. » Le fait de mettre sur le même plan l’affection, qui nomme la relation humaine spontanée, et l’autorité, qui est une manifestation du maintien du refoulé, participe à bloquer ce même processus. La définition actuelle du mot autorité interdit de réaliser qu’il cache une structure de pensée visant à préserver un mode d’adaptation engendré par les exigences subies dans l’enfance. Cette structure a pour fonction de justifier les comportements autoritaires qui découlent de la fidélité à des rapports parentaux déviant de ce qui devrait être.

Les hommes entravent ainsi leur potentiel de réalisation en justifiant tout rejouement par leur détermination à maintenir déconnectées les conséquences de leurs causes. Ils ne veulent pas ressentir l’immense détresse d’avoir été traités par leur propre père comme des «avortons» dépourvus de conscience, des « nuls », des « chiards », des « connards », des « débiles », des « bons à rien » qu’il faut « dresser à coups de pied au cul », ou d’avoir été regardés avec un mépris hautain, chacun devant répondre du rapport que son père entretenait avec la notion de virilité : « Non, je ne pleurerai pas en pensant à tout ce que j’ai subi. D’ailleurs, je n’y pense même pas. Je préfère refouler en rigolant de notre réduction avec les copains» Dans toutes les langues du monde, les insultes sont nombreuses et révélatrices du mode relationnel que le père inflige au fils.


Le véritable héritage

Les hommes ne veulent pas se sentir responsables de l’héritage comportemental de leurs aïeux, pourtant ils le portent et le remettent en scène. Ils ne veulent pas résoudre la problématique masculine parce que cette démarche nécessite qu’ils reconnaissent en avoir été les premières victimes. Cette éventualité les pétrifie de terreur. Ne pouvant imaginer mettre en lien cette terreur avec le comportement paternel qui en est la cause, ils se soumettent aux exigences de leur père et justifient leurs remises en scène. Comme les conséquences de ces dernières défient leur propre entendement, ils sont prêts à crucifier le premier qui osera affirmer l’horreur de la réalité relationnelle en mettant en lien causes et conséquences.

Mais l’être humain porteur de cette problématique, et qui la nourrit de son énergie, ne peut rester inactif, aveugle et innocent. Il est toujours un être conscient animé du besoin impératif de réaliser sa conscience. C’est pourquoi il évite la révélation en accusant, dénonçant, condamnant, ordonnant, compensant et choquant. Il met ainsi la terre à feu et à sang et précipite le corps physique dans la dégénérescence à force de rejouer les circonstances de ses douloureux sentiments d’effroi, d’impuissance, de confusion, de nullité et d’incompétence engendrés par les comportements parentaux d’une part, et à force de passer son temps à tenter de démontrer le contraire ou à s’en défendre d’autre part.


Retournement dramatique

Ne reconnaissant pas ces liens de causalité, les hommes reprochent aux femmes les conséquences de leurs propres actes : « C’est la faute des femmes, elles sont folles, hystériques, exclusives et, qui plus est, mères castratrices. » Toutes les manifestations étiquetées de la sorte expriment pourtant très précisément qu’elles ont subi des structures masculines d’adaptation extrêmement rigides, une des plus représentatives étant aujourd’hui celle du corps médical. Pour commencer, ce dernier a interdit tout lien entre les processus morbides et leurs causes réelles, puis fait brûler les guérisseuses, humilié les accoucheuses et dissimulé l’utilisation faite des conséquences physiques de la souffrance du peuple pour trouver des solutions à la dégénérescence des « puissants ».



Intrusions

La volonté de perturber l’intimité de la relation entre l’enfant et sa mère est souvent dissimulée derrière des prétextes humanitaires. Les parents ont alors encore plus de difficultés à se positionner face aux intrusions médicales. Depuis une dizaine d’années, les pouvoirs publics encouragent la collecte de sang ombilical en prétendant qu’il peut aider au traitement de la leucémie infantile. Cette opération prive le nouveau-né de près d’un tiers de son sang et provoque de graves défaillances respiratoires qui justifient à leur tour d’autres ingérences.


 

Aujourd’hui, la médicalisation des accouchements provoque chez les fœtus et les nouveau-nés des souffrances innommables qui envahissent l’espace relationnel. Les adultes présents à la naissance opposent à l’engagement spontané de l’enfant leurs propres interdits, inscrits dans leurs passages à l’acte. Ils faussent ainsi le lien entre la mère et l’enfant, provoquant chez ce dernier des comportements incompréhensibles pour une mère qui s’en est remise à l’ordonnance des médecins. Rendue incapable de saisir le sens des manifestations de son enfant, la mère ne peut plus être spontanément satisfaisante. Cette situation relationnelle provoque chez elle de douloureux sentiments d’inadéquation dont elle rend l’enfant responsable. Elle lui oppose alors une rigidité éducative qui fait obstacle à son engagement spontané dans la vie et dans la réalisation de sa conscience.

Sylvie Vermeulen

© S. Vermeulen – 11.2006 / www.regardconscient.net