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Enseignement de la biologie : à l’école des maux

par Sylvie Vermeulen

Cet article est paru dans la revue Regard conscient No 4 (juillet 2002)


Résumé : La biologie enseignée à lécole impose à l’enfant un conditionnement qui le prédispose à somatiser sa souffrance. À travers un enseignement axé sur le refoulement de sa sensibilité naturelle, il finit par s’identifier à une mécanique merveilleuse, mais sans âme.

 

Le petit d’homme a besoin de parents présents, aimants et conscients. De leur humanité dépendra sa capacité à développer sans entrave sa propre humanité. Lorsqu’il exprime un mal-être, il a besoin de sentir que ses parents en connaissent les raisons. Mais ces derniers, possédés par leur histoire personnelle, n’ont plus la disponibilité nécessaire pour être tout simplement à l’écoute de l’enfant. En conséquence, celui-ci refoule et finit par somatiser*.

*Somatiser
Il est très éclairant d’envisager la maladie comme découlant d’une anomalie relationnelle vécue dans l’isolement. Dans cette perspective, le corps
sôma, en grec manifeste un trouble d’autant plus grave qu’on persiste dans la non-reconnaissance de sa cause. On parle alors de somatisation. Par contre, la mise à jour de l’origine relationnelle des manifestations somatiques libère le corps de la pathologie. C’est la guérison.

Lorsque les enfants arrivent à l’école, ils savent déjà que le langage sert essentiellement à se conformer au monde des adultes. Ils n’ont pas plus d’espace pour exprimer leur vécu intérieur. Ils doivent acquérir les éléments d’une culture générale qui justifient les différents bastions du système dans lequel ils vivent. Enseignant à mes enfants depuis une quinzaine d’années, je me suis confrontée à l’ensemble du cursus scolaire français, de la maternelle à la seconde. Je peux affirmer que les parents ne se rendent pas compte du conditionnement qu’imposent des programmes qui semblent n’avoir pour finalité que l’instruction.


Désensibilisation

Prenons l’enseignement de la biologie (1). Les enfants sont naturellement choqués par l’utilisation des animaux et des hommes pour tester des hypothèses. Les fonctionnaires de l’Éducation nationale le savent. En biologie, ils ont préparé un programme de désensibilisation qui renforce une éducation déjà dominée par le déni et le refoulement de la sensibilité. Celle que l’on reproche si souvent aux adultes de ne plus avoir.

Dans le primaire, on s’applique d’abord à observer. Les petites expériences sont toujours présentées comme sans danger pour les cobayes. Ceci jusqu’en milieu de sixième où l’enfant commence à étudier les élevages et les cultures au service de l’alimentation humaine. Il s’agit d’optimiser les apports nutritifs. Il faut pour cela maîtriser les principales étapes de la reproduction, ce qui justifie de sortir une truite de l’eau pour lui presser le ventre afin d’en faire sortir la laitance, comme nous le montrent des photos.

Cette « généreuse » logique est enseignée à l’abri de toute étude contradictoire proposant des solutions alternatives aux problèmes de l’alimentation, qui soient respectueuses de la nature. Les réactions de l’enfant sont réduites au silence puisqu’il mange comme tout le monde. Pourtant, n’y a-t-il pas une grande différence entre tuer un poulet pour le manger et torturer ce dernier toute sa vie dans un élevage en batterie, à des fins d’exploitation?

En milieu de 5e, il est encore signifié aux enfants que le liquide coloré déposé à l’aide d’une seringue dans la bouche d’un poisson entravé par un dispositif expérimental est « inoffensif ». Il faut donc un dernier rappel pour leur faire oublier les conditions de vie du cobaye. Au cours des années suivantes, les manuels de biologie présentent progressivement plus d’expériences de vivisection et de dissection sur les animaux et les humains. Par des dessins tout d’abord, ensuite par des photos de plus en plus crues jusqu’au scanner coloré d’une tête humaine visiblement décapitée dans un manuel de 3ème (illustration ci-dessous). Dans une ambiance menaçante de contamination, infection, épidémie, endémie, pandémie, aider un couple à avoir un enfant suffit à justifier toutes les expériences et à blanchir les chercheurs. Il suffit d’afficher innocence et générosité sur fond de dangerosité insoupçonnable (ex : ébola) pour obtenir une entente sacré vis à vis des progrès de la science et donc une adhésion des jeunes aux moyens préconisés par les scientifiques pour les réaliser. À force de réprimer leurs sentiments sous les interdits de leurs éducateurs, les enfants se déconnectent progressivement de leur sensibilité.


Envie de vomir

Mon aînée a été amenée à analyser, dans un devoir de seconde, les variations de la respiration avant et après section des nerfs pneumogastriques d’un chien puis de poneys dénervés, mais vivants. À la question « Analyser le tracé obtenu », il fallait répondre : « Avant la section on compte 18 mouvements respiratoires par minute. Après section du nerf X droit, on observe un ralentissement respiratoire avec 8 mouvements respiratoires par minute. La section des deux nerfs X amplifie cette diminution de la ventilation avec 4 mouvements par minute. Les nerfs X ont un rôle pneumo-accélérateur. » Sensible à la souffrance endurée par les animaux, ma fille a pu exprimer sa colère, sa révolte et son envie de vomir. Mais quand on implique les jeunes dans des consignes scolaires dont l’exécution détermine les notes et la réussite aux examens, le refoulement de ses sentiments est inévitable. L’enfant, choqué par les agissements des adultes, saisit les mots qui lui sont offerts pour justifier l’idéologie proposée. Mais ces mots sont porteurs d’une attente, celle de son adhésion totale à l’ensemble. Ainsi se développe un esprit scientifique dissocié, c’est-à-dire insensible à la réalité de la souffrance animale et humaine.

Dès la maternelle, le senti de l’enfant est donc nié au profit d’une représentation mécanique de sa personne, constamment réitérée. L’ensemble du programme semble minutieusement étudié pour aboutir à la vision physique et chimique de cette merveilleuse machine que nous sommes. Personne ne demande à l’enfant de nommer ce qu’il sent, encore moins lui permettre de le faire en l’aidant à construire ses phrases. Des années de ce traitement amènent les jeunes à éprouver des difficultés scolaires grandissantes, intimement liées au long apprentissage du refoulement de leur sensibilité. Découvrir, comprendre, saisir des données, s’exercer n’est pas difficile en soi. C’est dynamique et réjouissant. Ce qui est terriblement douloureux et qui entraîne des somatisations de toutes sortes, c’est d’être obligé de nier une vie intérieure toujours plus dense et envahissante au point de ne plus en connaître les lois ni même le sens de son existence.

Les industriels européens qui se réunissent régulièrement en table ronde pour parler d’une éducation européenne savent que les acquis précoces de la toute petite enfance auront une répercussion profonde et permanente sur le développement de la personnalité de l’enfant. C’est pour cette raison qu’ils proposent une chaîne éducative du berceau au tombeau. Le premier rapport contextuel à la nouveauté détermine les rapports futurs. Lors de ce contact, l’ouverture de l’enfant est optimale. Si l’enseignant se présente à l’enfant comme étant sûr de lui, ce qui est l’un des objectifs d’années de formation, l’enfant enregistre la thèse de l’enseignant. Si la thèse est tendancieuse, ce qui est souvent le cas notamment en sciences humaines, la sensibilité de l’enfant lui permet de sentir un malaise. Malheureusement, il ne peut pas l’exprimer par manque d’espace, d’écoute, de moyens et bientôt de pratique pour le faire.


Mal noté

Lorsqu’un enfant a été averti des contrefaçons de l’objectif premier de l’école, à savoir l’épanouissement de l’enfant, s’il ose remettre en question ses professeurs et leur encadrement, il est rappelé à l’ordre et s’il insiste, il est généralement humilié. Il n’est par exemple pas question de remettre en cause un graphique démontrant l’efficacité des vaccins.

Dans un devoir de biologie de 3ème, le tableau suivant est présenté :


années

1959

1964

1965

1970

1972

1980

1990

cas

2566

523

290

82

37

10

0

décès

235

71

36

14

8

2

0


Poliomyélite en France

 

Mon fils de 15 ans devait répondre à la question : « Le vaccin contre la poliomyélite a-t-il été efficace ? Justifier. »

Il écrivit : « Pour savoir si le vaccin contre la poliomyélite est vraiment efficace, il faudrait connaître le nombre de cas avant que le vaccin ne se répande; la date réelle de mise en service du vaccin et le nombre de cas juste après. »

La réaction du professeur fut impérative : « Lire le corrigé. » Et le corrigé était : « Le vaccin contre la poliomyélite a été efficace puisque le nombre de cas de maladie et de décès a chuté entre 1964 et 1990 jusqu’à s’annuler. » La question ne fut pas notée ce qui équivaut à un zéro.

J’ai moi-même vécu ce rapport à l’enseignant jusqu’à l’extrême : ne plus rien dire et ne plus rien faire. Ce malaise sans mot trouve des exutoires à travers passages à l’acte et/ou maladies. Après des années de désensibilisation, seule l’inconscience permet de s’étonner de meurtres exécutés froidement par des adolescents sur des camarades d’école.


Reproduction

À ma connaissance, les enseignants transmettent pour la plupart ce que leurs propres professeurs leur ont enseigné. S’ils continuent à se former ou à s’informer, c’est sur le même mode d’acquisition. Si bien que leur enseignement n’est pas confronté à une réalité sociale beaucoup moins louable : des milliards d’animaux soumis aux supplices les plus atroces, une recherche effrénée de profit, une compétition entre chercheurs, une courses à la gloire, des mensonges éhontés sur les origines de certaines maladies comme le sida et l’ébola, etc. On évite aussi aux enseignants les études qui leur permettraient de réaliser les conséquences de la formation scientifique qu’ils dispensent.

Par contre, l’enfant ne manque pas d’informations sur les pollutions occasionnées par l’industralisation. Aujourd’hui trop connues du public, elles sont présentées dans tous les manuels de biologie et de géographie pour démontrer « l'humanisme » et la bonne conscience de nos experts, mais elles cachent mal la terrible pollution de l’infiniment petit occasionnée par leurs dérives : maladies du profit industriel comme la vache folle, liaisons dangereuses qui nous font manger des produits génétiquement modifiés sans que nous le sachions et sans que nous en connaissions les conséquences, etc.

Parallèlement, l’école humilie la dissidence en affirmant que les scientifiques sont conscients des enjeux - ce qui est faux - et dispense la jeunesse d’une réflexion autonome. Ainsi, elle participe à détruire ce que beaucoup de jeunes recherchent désespérément dans les drogues : leur sensibilité, leur amour et le sentiment d’être ensemble. Mais mieux vaut pour les pouvoirs en place autorité parentale comprise voir se détruire la jeunesse sous leurs yeux que de remettre en cause leur éducation.

Sylvie Vermeulen

© S. Vermeulen – 03.2002 / www.regardconscient.net

Notes:

(1) La présente étude a été effectuée sur les manuels officiels du Ministère de l’Éducation nationale : Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) 6e, éd. Nathan; SVT 5e, éd. Belin; SVT 3e, éd. Nathan; SVT 2nde, éd. Bordas; SVT 2nde, cours du Centre national d’enseignement à distance (CNED).


Expérience

Dans le but d’illustrer le lien existant entre l’oeil et le cerveau, et pour démontrer l’efficience de la recherche médicale, le cours de troisième présente le photomontage d’un homme décapité. Le commentaire explique laconiquement : « Cette personne est aveugle. Les médecins ont détecté, grâce au scanner, une tumeur (T) sur les nerfs optiques des deux yeux. »

 

 

Choqué par de telles images et perturbé par les manipulations de sens en l’occurrence, l’homme n’est pas aveugle, mais mort dans des circonstances non précisées l’adolescent finit par dissocier son propre corps de sa sensibilité affective, à l’image du supplicié qu’on lui présente. (SVT 3e, éd. Nathan, p. 185)