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Édito No 21 (juin 2005)

Réaliser notre conscience

par Marc-André Cotton


Une équipe de l’Institut pour la recherche empirique en économie de l’Université de Zürich vient de tester un aérosol à base d’ocytocine susceptible de tromper la confiance de consommateurs ou d’électeurs potentiels (1). Dans son contexte naturel, cette hormone est reconnue comme jouant un rôle spécifique dans l’accueil du bébé par sa mère. Les chercheurs ont demandé à quelques dizaines de volontaires de respirer leur produit avant de s’engager dans une transaction financière risquée avec un banquier. Les participants ayant inhalé l’ocytocine se seraient montrés plus ouverts à l’offre qui leur était faite, malgré l’éventualité de perdre beaucoup d’argent. Le neurobiologiste Antonio Damasio commente : « On peut s’inquiéter à la perspective que des stratèges politiques aspergent d’ocytocine la foule réunie pour écouter leurs candidats, mais faut-il pour autant se priver de toute l’étendue des connaissances que la science peut apporter ? » (2)

Cette compulsion à détourner le sens des manifestations de la vie, à des fins de manipulation et de pouvoir, traduit l’impuissance de l’homme névrosé à jouir simplement de sa conscience. Cet état de réduction dramatique résulte du long processus de conditionnement que les adultes infligent à l’expression de la vie de l’enfant (page 2). L’élaboration des connaissances scientifiques tend à perpétuer ce déni, comme le montre l’exemple de Sigmund Freud qui, en construisant sa « théorie du fantasme » sur la négation des abus sexuels subis par ses patients, fait porter à l’enfant la responsabilité de ces traumatismes (page 3).

Par son expression, l’enfant questionne le sens de ce qui se passe et nous montre la voie. En accueillant cette remise en cause plutôt que de rester fidèle aux schémas relationnels parentaux, l’adulte se met en phase avec le processus de réalisation de sa conscience. Ce que l’on nomme communément le « travail sur soi » consiste donc à réaliser combien la torsion que nous avons dû opérer sur nous-mêmes pour survivre aux injonctions éducatives fait obstacle à l’expression naturelle de notre conscience (page 4). C’est du reste parce que l’enfant jouit de cette dernière que les personnes qui refoulent leurs souffrances projettent sur lui qu’il est coupable de tous leurs maux (page 5).

La terreur de mettre en cause les rôles dans lesquels nous ont enfermés nos parents affecte ainsi l’ensemble de nos relations et donc notre vie amoureuse. Dans le couple, les partenaires rejouent leur vécu affectif non résolu en transférant dans le présent une détresse d’enfant déconnectée de sa cause : la maltraitance parentale (page 6). Une pleine confiance en notre nature humaine permettrait de mettre à jour l’origine de ces schémas comportementaux et de remonter leurs chaînes de causalité (page 7). Mais nous posons sur un éventuel accueil de nos émotions la crainte d’être emportés par l’ensemble de notre vécu refoulé, entravant ainsi le processus naturel de libération qui nous invite, inlassablement, à jouir de la joie d’être ensemble en conscience.

Marc-André Cotton
marc-andre.cotton@wanadoo.fr

(prochaine parution : septembre 2005)


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Notes :

(1) Ernst Fehr et al., « Oxytocin Increases Trust in Humans », revue Nature No 435, 2.6.05, http://www.nature.com/nature/journal/v435/n7042/abs/nature03701.html.

(2) Cité par le Washington Post, 2.6.05.


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